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1) Manuscrit 50, f. 47 r°
Le "Cahier d'écolier" (1499) de Beatus Rhenanus
(Virgile, Géorgiques, 1.493-497)
Les
directeurs de l'Ecole latine de Sélestat (qui fonctionnait fin
XIVe s.) cherchaient à préparer leurs élèves aux études universitaires.
On lit sous la plume de Jérôme Gebwiler, qui dirigeait l'Ecole
de 1501 à 1509 et avait ainsi comme assistant Beatus Rhenanus,
que les "adolescents qui auront profité des études littéraires
avancées dans les écoles 'préparatoires', s'ils le veulent, avanceront
d'une manière non négligeable dans les disciplines universitaires."
Et de là ils devenaient les magistrats, conseillers, administrateurs,
écclésiastiques et lettrés de leur pays.
Dans le texte latin de Gebwiler
on lit pour "préparatoire" triuialis. En effet,
l'Ecole latine de Sélestat offrait une formation basée sur le triuium (les "trois voies") : la grammaire, la
rhétorique et la dialectique. Ces disciplines permettaient de
suivre avec espoir le programme complet à la faculté des arts
(le triuium et le quadriuium :l'arithmétique,
la géométrie, l'astronomie et la musique) qui était dominé par
la philosophie aristotélicienne. Par la suite, les étudiants pouvaient
intégrer une faculté plus élevée : droit, médecine ou théologie.
Le cahier de Beatus Rhenanus
offre un bon exemple de la préparation à la faculté des arts dans
les domaines de la grammaire et de la rhétorique. On y trouve
Ovide, Fastes 3-6 ; Virgile, Bucoliques et Géorgiques et Martial, Epigrammes (Isabel SUZEAU).
En 1499, Rhenanus a étudié,
entre autres, le premier chant des Géorgiques de Virgile.
Le maître a en principe dicté le texte avant de le commenter.
Ce maître, en 1499, devait être Crato Hoffmann.
Virgile (Géorgiques 1.493-497) imagine un agriculteur futur, qui, les guerres civiles
romaines finies, labourera la terre des champs de bataille de
Pharsale et des Philippes. On lit (caractères gras) "Et sans
doute viendra le moment où, dans ces territoires-là, l'agriculteur,
ayant retourné la terre avec la charrue recourbée, retrouvera
des javelots rongés par la rouille âpre ou de sa lourde houe heurtera
des casques vides et s'étonnera des os énormes après avoir ouvert
les fosses tombales". L'abréviation ".i." veut
dire "id est".
Rhenanus distingue les vers
des gloses par sa manière de les écrire et tente chaque fois de
placer ces dernières directement au-dessus des mots traités. Dans
les gloses, ainsi que dans les brèves scolies plus haut sur la
page, le commentaire du maître porte sur la littera, l'explication
grammaticale, et le sensus, la signification apparente,
abordant la sententia, l'intelligence profonde du texte,
plus rarement.
On remarque certains des
outils pédagogiques mis en oeuvre : la synonymie (pour pila : iacula et spicula) ; l'étymologie (le rapport
entre scabies et scaber, scabra, scabrum) ; la brève
paraphrase (proscindens agros pour terram molitus ou sonare faciet pour pulsabit) et la traduction
("verzert" pour exesa ou "egen" pour rastris). Les trois premiers aideront à augmenter le vocabulaire,
à varier son discours, à bien fonder sa pensée et à développer
l'esprit de synthèse, outils importants pour l'expression correcte
et persuasive de ses idées ; le dernier servira à rendre sien
le texte.

2) Aristote, Libri logicorum,
Paris, Wolfgang Hopyle et Henri Estienne, 1503.
Page de titre avec l'écriture de Beatus Rhenanus. (BHS K 1047)
A Paris, comme dans
les autres universités, Aristote était l'auteur essentiel dans
la faculté des arts. Lefèvre d'Etaples cherchait à le "restaurer".
Parmi les oeuvres d'Aristote, la plus importante était la logique,
car l'apprentissage de la dialectique fournissait un cadre commun
de langage et de pensée aux étudiants.
C'est ainsi que Lefèvre a
fait publier en 1503, l'année où Rhenanus est arrivé à Paris,
une nouvelle édition des livres logiques d'Aristote. Le titre
reflète bien le programme de Lefèvre : "Que viennent à la
lumière les livres de logique revus sur les premiers textes et
accompagnés de nouveaux commentaires portant sur la lettre, d'abord
pour l'heureuse issue des études des Parisiens et puis pour celle
des autres réunis! Que ces livres portent secours aux lettres!
Maintenant donc, ô jeunesse, puisez et buvez quelque peu dans
les eaux très pures de l'oeuvre aristotélicienne comme dans la
source elle-même, mais évitez les eaux étrangères, comme les fossés
de la foule et les étangs malsains de la Sicile. Car le mal a
été presque toujours incorporé à la matière des études : après
le renvoi des mots des auteurs et des auteurs eux-mêmes, les étudiants
se sont consacrés tout entiers aux gloses inutiles. Et ceux qui
ne pouvaient être les auteurs (comme si les abeilles suivaient
les frelons) ils les ont honorés et suivis à la place des vrais
guides. Mais maintenant occupez-vous mieux des études, car si
vous entreprenez de faire de la dialectique avec mesure, il s'ensuit
que toutes les bonnes disciplines reviendront. Et toute honnêteté
de caractère, toute vie bien réglée et toute vertu accompagnent
les bonnes disciplines, ce que nous, au plus haut degré, souhaitons
et appelons de nos voeux."
Beatus Rhenanus a écrit
au-dessous de son ex-libris : "Il faut, dans toutes
les disciplines, qu'on prenne la vérité pour maître".
3) Erasmi
Adagiorum chiliades
Venise, A. Manuce, sept.
1508 (BHS K 1007)
L'érudit
bâlois Frank HIERONYMUS a montré que Beatus Rhenanus connaissait
et pratiquait les publications d'Erasme, surtout les Adages,
beaucoup plus tôt qu'on ne le pensait. C'est Rhenanus qui a conseillé
à Matthias Schürer en 1509 de publier des Collectanea Adagiorum (septième édition depuis la première parue en 1500 à Paris 820
adages).
La meilleure preuve de l'intérêt
que Beatus Rhenanus et Matthias Schürer portaient aux Adages,
c'est le cadeau que l'imprimeur a fait à son collaborateur le
2 juillet 1511, peu avant son départ pour Bâle : la nouvelle édition
vénitienne de 1508 qui, sous un autre titre, contient presque
quatre fois plus d'adages qu'auparavant (3.260). Beatus Rhenanus
y inscrit non seulement son ex-libris, mais aussi la provenance
du cadeau en rappelant que Schürer, ancien de l'Ecole latine lui
aussi, est bien sélestadien et que, de plus, il a dû recevoir
le cadeau à Sélestat.
Mais l'association de Beatus
Rhenanus aux Adages va bien plus loin. Hieronymus a prouvé
que Rhenanus avait été aussi derrière l'édition pirate bâloise
de 1513 imprimée par Jean Froben. Une telle entorse faite aux
droits d'auteur n'était point inhabituelle à l'époque, mais elle
est ici assez piquante lorsqu'on pense que ,tout en se plaignant
de cette édition non-autorisée ,Erasme viendra à Bâle en 1514
pour devenir l'auteur attitré de la maison frobenienne et pour
faire publier de son plein gré une nouvelle édition des Adages en 1515, la première d'une longue série à paraître dans cette
maison (8 éditions dont la dernière en 1536 comportera 4.151 adages).
De plus, Rhenanus semble avoir joué un rôle de premier plan en
faisant venir Erasme à Bâle.
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