Illustre Sélestat,
quel héros, traçant le premier dessin
__ _De ton enceinte, fut ton fondateur
d'heureux présage ?
D'où vient ton génie, si fécond, si généreux
?
__Quels astres brillèrent
au-dessus de ton berceau ?
Tu ne peux te flatter ni de l'ampleur de tes murs,
___Ni d'une population sans nombre,
ni de richesses à profusion.
Et pourtant parmi toutes les cités qui fleurissent sous
l'empire de César,
__Aucune n'est plus prospère
que toi.
Je pense moins ce disant à la plaine fertile qui se presse
contre toi tout autour
__Et que Cérès nourricière
bénit d'abondantes moissons ;
Ou aux coteaux couverts de vignes et aux ondes fortunées
du Rhin
___Que ton regard de part et d'autre
découvre au loin ; ou à la douceur de la brise
___qui réchauffe ton haleine
:
Agréables privilèges, mais que tu partages avec
beaucoup :
___Ces faveurs accusent ton échec
à l'instant qu'elles te donnaient la palme !
Le privilège qui n'est qu'à toi, c'est que seule,
toi si petite, tu donnes le jour
___A autant d'hommes distingués
par les mérites de l'esprit ;
Et c'est, pareillement, que tu envoies de par le monde autant
de gemmes, autant de lumières
___Qu'il a été donné
à beaucoup d'autres d'en avoir produit tout juste !
Oui, le nombre des grands de la science que tu possèdes
est tel que l'eût à peine égalé
___Celui des grands de la guerre
cachés dans le cheval de traîtresse mémoire.
De quelle cité un Wimpfeling, de quelle cité un
Spiegel,
___Un Kircher ne seraient-ils pas
l'orgueil ?
D'où t'est venu Sapidus, qui à Athènes même
se fût mesuré avec les doctes,
___D'où le saint prêtre
Phrygio, d'où t'est venu Storck ?
D'où ton Arnold, familier des muses, et d'où
___Matthias Schürer au cœur
pareil à la neige ?
Pour ne point nommer les autres, l'illustre Beatus Rhenanus
___Savant dans l'une et l'autre langue,
ne suffirait-il pas à ton bonheur ?
Quelle mystérieuse parenté t'unit au ciel azuré
?
___Aurais-tu les bonnes grâces
de quelque divinité de la cité de Pallas ?
La matière doit l'existence à la terre, l'esprit
procède du haut de l'éther,
___D'autres enfantent des corps,
toi tu enfantes des génies.
Qui déjà n'envierait de si éclatantes faveurs
? n'étant en outre que,
___Fertile en génies, ce n'est
pour toi, mais pour le monde que tu les enfantes:
La gloire près de toi demeure seule, mais le fruit en parvient
___A tous en quelque point de la
terre où se propage la race des humains.
C'est en souvenir de ton accueil qu'Erasme a pour toi composé
ces vers ;
___S’ils sont sans grâce,
ils sont l’œuvre loyale d’une lyre reconnaissante
!
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